XX5 : « C’est l’retour de l’homme de l’ombre… »

Presque deux ans jour pour jour après un deuxième opus Héra certifié disque d’or et plus de trois ans après ses débuts sur le devant de la scène rap avec Bleu Noir, ce serait mentir de dire que l’on n’attendait pas Georgio au tournant avec la sortie de XX5. Inactif sur les réseaux sociaux depuis le mois de mai, il faut dire que le jeune rappeur de 25 ans a laissé ses fans se languir de son retour : depuis le 15 octobre, les amateurs de rap patientent tant qu’ils peuvent à coup de teasings, clips et dates « de l’ombre » orchestrés par le Parisien originaire du 18ème…

Mais cette fois, ça y est : Georgio revient une dernière fois dans « le cimetière de sa jeunesse » (Du bout de mes dix doigts) et à en croire la pochette réalisé par le talentueux Romain Riga,  il semble cette fois l’avoir enterrée, un sourire s’esquissant sur son visage, un peu comme pour montrer qu’il ne le regrette pas le moins du monde. Poursuite des deux projets précédents ? Nouveau départ ? Et si l’album anniversaire (XX5 pour ses 25 ans) était l’occasion pour lui de se rappeler d’où il vient ?IMG_3392

Georgio sur les réseaux sociaux ce mardi, répondant à quelques questions sur XX5

JUVENTAS MEA INTERIIT, QUOD SEQUETUR PULCHERIUS

Ma jeunesse est morte, mais la suite n’en sera que meilleure…

Avec XX5, Georgio accumule les clins d’œil et références à ses précédents projets, soit, mais il en profite aussi pour partager des pensées plus profondes qu’il exprime autant en image qu’en musique. La pochette de l’album a d’abord fait énormément sensation lors de son annonce par l’artiste un mois auparavant ; et pour cause! On y voit le louable rappeur dans sa propre tombe, caractérisée par une piscine à boules pour enfants. Si l’image est esthétiquement enivrante pour ceux qui ne le connaissent guère, pour les autres, elle prend tout son sens. On l’avait quitté il y a un an, après la tournée d’Héra, bien déterminé à tirer un trait sur sa jeunesse et à gagner en maturité, alors ce retour par lequel on découvre son enfance enfouie sous Terre, nous montre qu’il semble avoir atteint ses objectifs. En arrière-plan, prouvant la minutie de l’artiste, est gravé son épitaphe : « juventas mea interiit, quod sequetur pulcherius », signifiant que oui, sa « jeunesse est morte, mais (que) la suite n’en sera que meilleure… »

Avant-goût donc, d’un album qui se veut très introspectif, notamment avec des titres comme Hier, où l’artiste revient sur ses débuts et réalise un clip pour le moins commémoratif, revenant sur ses pas en tournant dans les lieux des ses clips réalisés par le passé. Référence au passé toujours, avec Coup pour Coup et Akira, qui rappellent fortement Héra : « tes rêves brûlent ces temps-ci ».

Comme l’atteste ladite phrase en latin, le passé semble aller de paire avec le futur de Georgio dans ce nouvel album, pour lequel il affirme lui-même « n’avoir rien laissé au hasard (…) et s’être entouré des meilleurs… ». Au programme : Isha, Vald, des prods de Petit Biscuit, Her, Woodkid ou encore Vladimir Cauchemar : rien que ça ! Cependant, le prestige de l’album ne se retranscrit heureusement pas uniquement par cet intéressant lot de collaborations. Après Bleu Noir dans lequel on retrouve doutes, malaises et douleurs du jeune artiste, Héra qui nous le montre plus affirmé, prêt à « bâtir » son propre univers, plus serein aussi (Du bout de mes dix doigts, l’espoir meurt en dernier), XX5 est le moment pour lui d’aller « au bout de ses idées » (Aujourd’hui) et d’être « dans (son) élément ».

En variant les sonorités parfois trap dans Barbara et J’en Sais Rien, et les rythmes plus placides comme dans Haute Couture avec du piano-voix, Georgio offre un album riche et varié. Avec le titre Hier qui ouvre l’album, s’assemblant à un second nommé Aujourd’hui, le MC annonce la couleur : l’album sera plus personnel encore que les précédents, chargé d’émotions et particulièrement touchant. Les généralités retrouvés avec Svetlana et Maïkovski sont encore présents ici, bien que chaque titre semble directement être lié à l’existence de cet artiste qui a vécu au moins autant qu’il a écrit. Cette forte tendance autobiographique se remarque d’autant plus sur des tracks comme 31 janvier, dans lequel il évoque sa relation avec sa petite amie, athlète. Un passage mentionné par ailleurs lorsqu’il dit l’accompagner lorsqu’elle part courir. On se demande alors maintenant que l’album est sorti, si ce post Instagram n’était pas prémédité par les deux tourtereaux :

Georgio le dit lui-même, cet album est le plus abouti de ses projets. On le perçoit avec Miroir, qui le confronte directement à lui-même, comme s’il vivait une expérience transcendantale. Décomplexé et abordant des sujets dans lesquels la jeunesse n’a plus sa place, on est surpris par cet album conscient et sûrement réalisé avec un recul peut-être tant méthodique que douloureux, au vu du courage qu’il faut pour revenir sur les erreurs du passé, afin de pouvoir mieux vivre avec.

Repêché par la musique, le modèle familial au fond du lac

(…) À dix-neuf ans, j’pensais contrôler l’monde et l’homme dans mon miroir
J’étais dans l’froid sans savoir
Où je dormirai le soir

  • Miroir

APPRENDRE À  FAIRE LE DEUIL DU PASSÉ

L’album traite aussi de trahison et des déceptions que l’on rencontre amicalement, amoureusement ou même personnellement. Finalement, en enterrant sa jeunesse, Georgio ne ferait-il pas là une croix sur cette naïveté d’adolescent, celle qui lui faisait fermer les yeux sur beaucoup de réalités, que « le sang sur son parcours » (Miroir) lui a fait à coup sûr assimiler ?

XX5, c’est alors surtout un besoin de vérité, après une vie semée de mensonges, un besoin assumé dans Prisonnier : « j’ai besoin de savoir combien de temps je vais entendre sa voix, qui résonne dans ma tête ». Le titre reflète aussi les difficultés qu’éprouve l’artiste à oublier, lui qui essaie déjà d’enfouir ses peines depuis trois albums. Difficulté phare de l’album, puisque comme évoqué précédemment, cette volonté d’affronter les faits tant bien que mal et une fois pour toutes, se répète beaucoup, dans l’optique de pouvoir un jour s’en détacher. C’est donc à l’évidence pour faire d’abord la paix avec lui-même que Georgio a créé cette fois un album « miroir » de son âme, reflétant non pas seulement ses plus douces qualités, mais aussi ses plus sombres défauts.

Dès la première écoute, l’image du deuil embaume le projet. Deuil de l’amour passé, d’une adolescence hâtive, d’amitiés déchues et de la solitude. Si Georgio se dit « prisonnier », XX5 sonne plutôt comme une libération des maux qui depuis longtemps lui pesaient. La sincérité effarante à laquelle il se prête nous le dévoile tel qu’il est et sans le moindre artifice. Victime d’un succès pourtant national, le presque-poète conserve cette constance presque entêtée de ne pas trop en faire.

C’est donc comme ça que sont nés les trois premiers clips du projet : humains, denses dans leurs symboliques et simples dans l’apparence. Un peu à l’image du personnage auquel ils appartiennent. Pour Georgio, nul doute que se livrer en musique a toujours été une évidence, mais il a su ici repousser ses limites en tentant toujours d’universaliser ses expériences, probablement pour les rendre plus accessibles. On pense à Akira, histoire d’une jeune fille seule et brisée ou à Ça bouge pas, celle d’un homme avare qui oublie ses proches par amour du profit. Cet attrait pour conter les histoires était déjà présent auparavant, mais s’est renforcé en même temps que la souplesse de la plume de Georgio, qui a pu parfaire ses mots depuis qu’il a été révélé au grand public.

UNE REVANCHE SUR LA VIE

Ainsi, cet album n’est pas une fin, bien au contraire. Georgio ne s’est pas transformé et il ne cesse de le rappeler, il a travaillé et cherche juste à faire remarquer qu’il s’est amélioré. XX5 n’est pas à écouter comme un retour à zéro, mais plus comme le 3ème chapitre d’un livre autobiographique grand ouvert, comme une page qui se tourne. Le rappeur appuie dans ses textes qu’il a vite compris qu’il avait une chance, mais qu’il n’en aurait pas deux (Aujourd’hui) et reconnaît que, « comme la Haute, (il) veut laisser (ses) traces » (Haute Couture). Clou du spectacle : une honnêteté, revendiquée à maintes reprises, que ce soit dans Monnaie : « je ne vendrais pas mon âme » ou dans les Yeux en Face des Trous.

Enfin, XX5 est pour Georgio une revanche sur une enfance qui paraît gâchée par une entrée prématurée dans le monde « des grands ». Cette fois il le dit : « je me suis relevé » (100%) et utilise cet album comme l’occasion ultime de retrouver espoir et de continuer son bout de chemin (et peut-être aussi celle de faire enfin des « grosses coupures » si on se fie ironiquement au morceau Haute Couture). Conservant une proximité avec le public (dates gratuites et lien fort avec sa communauté), l’auteur a pris des risques en réalisant XX5, lui qui préfère être « détester pour ce (qu’il) est que d’être aimé pour des apparences. » (Aujourd’hui) 

 

En bref : coup de coeur de la rédaction 9/10

On recommande : aux amoureux des mots, aux fans de rap conscient 

À retenir : des titres d'autant plus personnels et honnêtes, un album abouti, un artiste humble 

Les titres à ne pas manquer : Miroir et Prisonnier

Par Eléna Pougin

 

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