“DEAR FUTURE HUSBAND”, LE COMEBACK DE MEGHAN TRAINOR DANS LES ANNÉES 1950

Il y a quatre ans sortait le titre « Dear Feature Husband » de la chanteuse américaine Meghan Trainor. Titre phare de l’année 2015, le morceau était numéro 1 dans de nombreux pays du monde. À l’époque, Meghan Trainor était perçue comme une source d’ « empowerement » pour les jeunes filles et leurs mères(1) depuis son titre « All About That Bass » dans lequel elle racontait affirmer ses formes (2).

 « Dear Future Husband » relate une lettre que Meghan Trainor chante à son futur mari, expliquant ce qu’elle attend de lui. Tant la chanson accumule les stéréotypes en matière de sexualité, d’ethnicité et de questions de genres, il semble difficilement concevable d’imaginer qu’elle ne date que de 2015… Et pourtant… Dans quelle mesure « Dear Future Husband » est-il un titre problématique ? Comment la représentation qu’il fait des féminités et des masculinités est-elle dangereuse pour l’égalité des genres ?

a) Vision hétéro-normée du couple : le mariage, une nécessité selon Meghan Trainor

Avec « Dear Future Husband », Meghan Trainor vante les mérites du couple des années 1950. Selon elle, l’homme parfait doit lui « acheter des fleurs » et lui « dire qu’elle est belle » … Un lot de stéréotypes typique du couple hétérosexuel blanc, renforcé par l’idée que le mariage serait indispensable pour l’épanouissement de soi (qu’il faudrait donc le « chérir »), et qu’il se doit nécessairement d’être éternel : « Mon cher mari, voilà ce que tu dois faire (…) si tu veux qu’on reste ensemble pour toujours » chantonne-t-elle. 

L’idée principale du titre et de son clip repose sur une vision hétéro-normée du couple et avilissante pour les femmes : l’homme doit payer pour elle, tandis qu’elle doit en échange effectuer les corvées du foyer… Tout ça en sexualisant la gente féminine, qui les effectue en talons aiguilles et décolleté, lascivement allongée par terre (2 :07). 

L’habitation de Meghan Trainor dans le clip a tout de celle de Barbie : l’herbe est d’un vert superficiel, les couleurs y sont très vives, les formes très géométriques et les fleurs omniprésentes… Que les femmes sont délicates quand il s’agit de décoration, n’est-ce pas ? D’ailleurs, puisque les femmes sont plus sensibles, Meghan Trainor assure : « On ne verra jamais ta famille plus que la mienne », sous-entendant que les femmes accorderaient plus d’importance à la famille. 

Le propos a donc tout l’air d’une parodie et d’une critique sarcastique du couple hétérosexuel. Cependant, Meghan Trainor a fermement défendu le contraire, assurant que ce schéma du couple était bien celui dont elle rêvait : « Je suis contre cette récente culture des coups d’un soir, j’espère que ceux qui écouteront ma chanson réaliseront que je mérite de trouver un homme convenable, qui pourra m’emmener à des rendez-vous galants » (3). Celle-ci évoquait aussi son manque de confiance en elle à cause de son poids plus jeune, qui l’a rendu exigeante vis-à-vis de l’être aimé. 

Ainsi, Meghan Trainor souhaiterait un retour à des formes plus traditionnelles du couple… Tout sauf une égalité entre mari et femme, puisque dans sa vidéo, l’homme fait toujours le premier pas ; et que dans ses paroles, elle intime que celui qui accèdera à l’ensemble de ses requêtes aura le privilège d’être le seul à profiter d’elle sexuellement. Dès lors, la valeur des femmes ne reposerait que sur l’acceptation que les hommes leur accordent. 

b) Un portrait oppressant et viscéral des femmes

À l’image des chanteuses comme Taylor Swift et son « Blank Space » (4) qui use de la représentation des femmes comme hystériques, Meghan Trainor souhaite que son mari continue de la supporter « même lorsqu’elle agira comme une folle ». Elle se positionnera d’ailleurs d’elle-même « à gauche du lit », ce côté étant celui qui rendrait le moins agaçant selon certaines études (5). 

La chanson pose aussi de nombreux problèmes de consentement au sein du couple, puisque Meghan emploie le conditionnel, assurant : « Si tu t’excuses après une dispute, tu pourras me faire l’amour » et « si tu me tiens la porte, tu auras des…bisous ». Le respect de ces conditions amènerait Meghan Trainor à se conduire comme « une femme parfaite ». Même si cette vision des femmes semble archaïque, la chanteuse racontait en interview que ce titre était à ses yeux « une adorable lettre d’amour à l’intention de (s)on futur amant »(3).

Pour autant, ce sont avant tout des petites filles qui ont entendu en boucle « Dear Future Husband », probablement attirées malgré elles par l’univers sexiste qui y est dépeint. En ce sens, la chanson en apparence légère devient dangereuse : elle reproduit des inégalités et transmet des valeurs sexistes à une génération encore naïve et influençable. Des schémas moins stéréotypés auraient pourtant été possibles : prenons Angèle et son « Balance ton Quoi » (6) ou encore Sampa The Great et « Energy » (7) qui montrait avec assurance que chacun possédait une part de féminité en lui.

Enfin, Meghan Trainor a beau tenter d’infuser un message d’acceptation aux femmes qui ne seraient pas fines, elle correspond à de nombreux clichés féminins peu représentatifs : pulpeuse, sexy, blonde, très maquillée, vêtements en cuir rouge, imprimés léopard… D’autant plus qu’elle se présente dans le clip comme une femme au foyer, une « desperate housewive » (8) qui attend le retour de son mari.

c) L’homme « parfait » serait blanc, musclé… et riche !

Mais « Dear Future Husband » n’est pas seulement un scénario catastrophe en matière de représentation des femmes, il est aussi particulièrement exclusif à propos des hommes qui méritent « d’être épousés ». On compte dans la chanson plus de 20 injonctions lancées à ces derniers : « Emmène-moi en rendez-vous », « dis-moi que je suis belle tous les soirs » … Et enfin, cerise sur le gâteau, le fameux « traite-moi comme une femme ». Y’a-t-il vraiment une façon universelle par laquelle les femmes voudraient être traitées ? Si tant est qu’elle existe, les hommes la respectent-ils ?

L’homme rêvé de Meghan Trainor doit également être musclé. Il suffit de voir sa réaction à 1 minute 57 quand le prétendant n’est pas suffisamment fort. De plus, tous les hommes présentés sont blancs (ce malgré le vaste nombre de potentiels « maris »), ce qui est d’autant plus discriminant. Par ailleurs, seule une femme de couleur est présentée dans le clip, et son apparition n’apporte absolument rien au scénario.

En bref, Meghan veut un parfait « gentleman » (0 :34) et semble même réduire ces messieurs au rang d’objet : on voit plusieurs fois les prétendants (1 :22) tels des poupées de cires inarticulées. Le message rappelle le dicton longtemps rabâché aux femmes : « Sois beau, fort, et tais-toi ! ».

Malheureusement, Meghan Trainor n’est pas la seule à imposer des critères de virilité aux hommes. En France, des chanteuses comme Lynnsha avec sa chanson « Je Veux Que Tu Me Mentes » (9) donnait les mêmes conclusions, tout comme Joyce Jonathan et son acclamé « Ça Ira » (10). 

Conclusion

Ainsi, « Dear Future Husband » ne fait pas avancer la société vers une représentation plus fidèle des genres : il ravive des schémas qu’on pensait enfin déconstruire dans les pays occidentaux. Dans les pas de son hit « All About That Bass » où les différents corps féminins sont célébrés sous le prisme de la « male gaze », Meghan Trainor montre ici l’image de son couple idéal, un couple totalement dépassé, qui offre une vision genrée et peu représentative ethniquement des différents rôles de la société.

On comprend mieux pourquoi celle-ci avouait au Billboard qu’elle ne se considérait « pas comme une féministe » (11). On pourrait difficilement penser autrement. Toutefois, il faut rappeler que « Dear Future Husband » tout comme les autres chansons pop qu’on entend à la radio, est déterminant pour parvenir à une société plus égalitaire. Les messages de ces chansons sont pour l’heure particulièrement perméables, notamment chez les plus jeunes. 

Est-ce vraiment la vision de l’amour qu’on veut inculquer ? Comment des titres aussi peu représentatifs peuvent encore connaître un tel succès, au même titre que le fameux « Blurred Lines » de Robin Thicke (12) ? Peut-on vraiment se considérer féministe tout en les écoutant, comme l’affirmait Roxane Gay dans Bad Feminist (13)? Doit-on boycotter tous les titres qui discriminent les genres ? Pour l’heure, le seul moyen de se rassurer, c’est de penser à d’autres titres sortis cette année, qui eux, ont eu des revendications bien plus inclusives, même lorsqu’ils ont été interprétés par de grandes pop stars à l’image de Miley Cyrus avec « Mother’s Daughter » (14).

Bibliographie :

  1. Prin Dumas, Meghan Trainor: A role model for my daughters, NJ, 2015
  2. Alexandra Hurtado, ​Meghan Trainor is all about being a role model and champion for body confidence, Hello!, 2015
  3. Nolan Feeney, Even Meghan Trainor’s Mom Is Tired of Hearing ‘All About That Bass’, Time, 2014
  4. Taylor Swift, ‘Blank Space’, UMG, 2014
  5. Lauren Paxman, You CAN get up on the wrong side of the bed: Sleeping on left ‘makes you more cheerful and positive, Dailymail, 2011
  6. Eléna Pougin, Que représente vraiment “Balance ton quoi”, l’ode féministe d’Angèle ?, Interlude, 2019
  7. Sampa the Great, ‘Energy’, 2018
  8. Desperate Housewives, Touchstone Televisions & ABC, 2004
  9. Lynnsha, ‘Je veux que tu me mentes’, WMG, 2009
  10. Joyce Jonathan, ‘Ça Ira ‘, Polydor, 2013
  11. Andrew Hampp, Meghan Trainor : “I don’t consider myself a feminist”, Billboard, 2014
  12. Robin Thicke, Pharell Williams, ‘Blurred Lines’, UM, 2013
  13. Roxane Gay, Bad Feminist. New York: Harper Perennial, 2014.
  14. Miley Cyrus, Mother’s Daughter, SME, 2019

Paroles : 

« Dear Future Husband » – Meghan Trainor

Dear future husband
Here’s a few things
You need to know if you wanna be
My one and only all my life

Take me on a date
I deserve it, babe
And don’t forget the flowers every anniversary
‘Cause if you treat me right
I’ll be the perfect wife
Buying groceries
Buy-buying what you need

You got that « 9 to 5 »
But, baby, so do I
So don’t be thinking I’ll be home and baking apple pies
I never learned to cook
But I can write a hook
Sing along with me
Sing-sing along with me

You gotta know how to treat me like a lady
Even when I’m acting crazy
Tell me everything’s alright

Dear future husband,
Here’s a few things
You’ll need to know if you wanna be
My one and only all my life
Dear future husband,
If you wanna get that special lovin’
Tell me I’m beautiful each and every night

After every fight
Just apologize
And maybe then I’ll let you try and rock my body right
Even if I was wrong
You know I’m never wrong
Why disagree?
Why, why disagree?

If you gotta know how to treat me like a lady
Even when I’m acting crazy
Tell me everything’s alright

Dear future husband,
Here’s a few things
You need to know if you wanna be
My one and only all my life
(Hey, baby)
Dear future husband,
Make time for me
Don’t leave me lonely
And know we’ll never see your family more than mine

I’ll be sleeping on the left side of the bed
Open doors for me and you might get some kisses
Don’t have a dirty mind
Just be a classy guy
Buy me a ring
Buy-buy me a ring, babe

You gotta know how to treat me like a lady
Even when I’m acting crazy
Tell me everything’s alright

Dear future husband
Here’s a few things
You need to know if you wanna be
My one and only all my life
Dear future husband,
If you wanna get that special loving
Tell me I’m beautiful each and every night

That’s right!

Future husband, better love me right

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