Le peintre Josh Keyes en 4 oeuvres

Et si tout était déjà prévu ? Et si tout ce qui se produit dans le monde dans lequel nous vivons avait déjà été prédit par un peintre américain ? Si Josh Keyes n’a pas exposé depuis 2015, ses œuvres, elles, continuent de faire écho et ont une notoriété grandissante. Satires de notre monde de consommation, elles dépeignent un univers où les animaux sont seuls survivants de la planète Terre. Vivant sur une planète anéantie par la pollution, chaque animal peint par l’artiste vit malgré lui, entre les inventions et productions humaines, jonchant sur le sol et dans les océans. Très dénonciatrices, accusatrices, les œuvres de Josh Keyes ont aussi, et il faut le remarquer, un ton parfois plus poétique. Soit, la Terre s’est éteinte et l’humanité ne s’en est pas remise, mais les animaux, eux, semblent reprendre le pouvoir et s’approprier l’univers que l’homme leur a façonné contre leur gré. Lentement, ils ont enfin la chance de se libérer des joug de leur servitude.

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I.

Dans cette peinture, Disneyland. Du moins, ce qu’il en reste. De la neige, partout. Pourtant à Orlando, il fait chaud. Très chaud. En effet, la ville, située en Floride dans le sud-est des États-Unis est connue pour ses températures estivales, ses palmiers et évidemment, pour l’attraction phare qui aujourd’hui attire des millions de visiteurs : Disneyland. Mais dans l’univers de Josh Keyes, l’ambiance enfantine et chaleureuse de Disneyland a subi les conséquences du réchauffement climatique. Dérèglement des températures et tigres dans la neige, la surconsommation de États-Unis a fait d’Orlando, une ville dévastée et abandonnée. Univers post-apocalyptique. Une question survient : comment en sommes- nous arrivés ici ? Guerre ? Météorite géante s’écrasant sur le territoire Nord-américain ?N’avons-nous pas su contrôler nos pulsions possessives ? Serait-ce possible que  l’homme soit finalement dépossédé ? Les tags sur la statue au premier plan laissent croire que certains rebelles ont survécu à ces modifications drastiques. Dramatiques. Cependant, Disneyland, souvent extrêmement fréquenté, aux heures de files d’attente et de brouhaha incessants, s’est transformée en jungle hivernale. Au loin, on voit le si célèbre château, mais désormais plus rien ne l’entoure. Pas une attraction. Pas même la végétation. Ici, seuls les tigres contrastent la blancheur de la peinture de Josh Keyes. Les animaux prennent souvent une place prédominante dans ses oeuvres et c’est grâce à eux que le spectateur est amené à une réflexion. En effet, on est surpris de voir un tigre en dehors de son état naturel, et qui plus est, dans la neige. Ici, Josh Keyes dénonce la firme américaine Disneyland mais aussi plus généralement le mal aise que crée la surconsommation pour les espèces animales. Le monde qu’il dépeint semble très pessimiste. Malgré tous nos efforts, il sous-entend que les hommes ont perdu d’avance, et que nous ne saurons arrêter notre évolution avant qu’il ne soit trop tard.

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II.

Cette peinture est particulièrement provocatrice. Effectivement, ce requin, tagué d’expressions humaines signifie bien plus qu’il ne le laisse croire : le non-respect des hommes. À travers cette peinture, Josh Keyes témoigne que les hommes n’ont plus de limite et pour preuve : ils vont même jusqu’à écrire sur un animal. Cela montre dans un second temps que l’espèce humaine a toujours pris les animaux pour acquis, elle les apprivoise, les mange, les enferme dans des Zoos et s’amuse avec leurs peaux. Dans un sens, là aussi on s’amuse avec sa peau… Ici, l’homme va jusqu’à écrire sur un requin, lui qui a longtemps été effrayé par ces bêtes qu’il a toujours repoussés car dangereuses. C’est donc pour cette raison que ces dernières années, le requin est devenu un des espèces les plus tués, car l’homme la trouvant trop effrayante, il a cherché à s’en débarrasser. On sait aujourd’hui que moins de 10 personnes par an meurt des crocs d’un requin, pourtant l’homme le voit comme un animal qui dévaste tout alors que lui-même, tue 100 millions de requins par an, soit 3 par seconde selon Planétoscope (planetoscope.com/Animaux/310-requins-tues-et-rejetes-a-la-mer.html) Écrire sur un animal marin, c’est une image très forte car 1) la peinture ne tient pas sur une bête mouillée logiquement et 2) il a fallu rester suffisamment longtemps sous l’eau pour pouvoir peindre le corps entier de l’animal. Un effort considérable pour une souffrance qui l’excède. La peinture révolte et torture l’esprit, on a presque envie d’en vouloir aux hommes, avant de se souvenir que nous en faisons partis. Josh Keyes est très fort à ce niveau, il laisse croire qu’il n’appartient pas au commun des hommes et qu’il est comme « exclu », et seulement témoin de ce combat entre les hommes et la nature. Il semble ne faire qu’observer et relayer ce qui le choque. Et on pourrait d’ailleurs le reprocher ce non-agissement face à cette cause que pourtant il dénonce.

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III. QUAKE COLOR

Quake color, « la couleur du tremblement de terre » est une peinture sur laquelle un rhinocéros semble foncer vers le spectateur qui la regarde. Mais on pourrait aussi l’interpréter comme une photographie d’un rhinocéros qui fonce vers celui qui l’immortalise, venant une fois encore perturber la tranquillité animale et déranger le cours des choses. Ainsi peut-être la peinture aurait un tout autre sens. Le rhinocéros n’est, à nouveau, pas dans son habitat naturel. Ici, il se trouve dans un endroit totalement abandonné par l’homme avec des murs en ruines. Les rhinocéros ne sont pas faits pour vivre dans de tels endroits et on peut s’interroger sur ce qui a bien pu l’amener dans un pareil environnement, lui qui vit sur les territoires africains et indiens. La peinture reflète la beauté de l’animal sauvage, qui ne connaît pas (encore) la servitude.

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IV. I’LL LOVE YOU TILL THE END OF THE WORLD

Rares sont les œuvres de Josh Keyes qui ont un titre, mais il faut avouer que lorsqu’elles en possèdent un, ce dernier prend tout son sens. La peinture présente une plage sur laquelle deux chevaux viennent comme « s’enlacer » devant la friche d’un bateau échoué sur le rivage. Une fois encore, l’humanité est éteinte, toujours ce rappel sur la peinture que l’homme a coulé et qu’il ne fait plus parti de la surface de la Terre, alors que les animaux, eux, semblent plus heureux que jamais. C’est sûrement la peinture de Josh Keyes qui apparaît comme la plus réaliste à mon sens. Le travail pour peindre le mouvement des vagues, le pelage des chevaux ou encore l’union entre l’eau et le sable est admirable et relève d’une virtuosité extrême. De nouveau très critique, la peinture offre la vision d’un monde post-humanité. Un monde nouveau, sans l’Homme mais qui conserve tous les attributs de ce dernier. Un monde qui ne pourra jamais oublier le passage de l’homme sur sa terre, sur ses mers, dans ses airs.

De Eléna Pougin

Peintures : Josh Keyes

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