ORÉ ?

Le Mooz a découvert Oré au Printemps de Bourges : auteure, compositrice et interprète, elle fait de la musique francophone inspiré de rap et d’électro et faisait partie des iNOUïS.

Alors dis-nous, pourquoi Oré ?

Ça vient de l’orée de la forêt, la frontière entre deux mondes.

Comment définirais-tu ta musique ?

Hum…Énergique, positive, j’aime bien être dans la poésie, le second degré, j’essaie de pas être trop premier degré. Tapageuse parfois, j’essaie, ça m’amuse.

On a vu que t’étais ingé-son avant, pourquoi ce changement radical d’ingé son à artiste ?

C’est une ligne assez logique. Je n’ai jamais vraiment été ingé son, j’ai suivi une formation et fais des stages mais j’ai eu très peu de cachets en soit et je suis allée très vite faire de la musique. Depuis toute petite, je veux faire de l’art et grâce à ma formation j’avais des connaissances sur les logiciels d’édition musicale ( Pro Tools, Ableton Live…), j’ai fait quelques stages qui se sont transformés en stages plutôt musicaux avec Bozek qui m’accompagne sur scène et qui réalise mon EP. J’avais joué du piano enfant, j’avais fait partie d’un groupe où j’avais un peu chanté pendant mon BTS – même si je n’avais pas de technique c’est venu au fur et à mesure – et ça a donc été un chemin assez pertinent.

Donc tu viens de dire que depuis petite tu voulais créer, tu jouais du piano etc… Depuis quand chantes-tu ou pratiques-tu de la musique ?

J’ai dû prendre mes premiers cours de piano à 7 ans avec une vieille dame aveugle, je suis restée avec elle pendant 2 ans. Ensuite j’ai arrêté pendant un an à cause d’histoires de séparation, puis je suis revenue et j’ai trouvé un autre prof pendant 1 an et demi mais je n’étais pas très régulière dans mon travail. J’ai arrêté, repris, arrêté puis « rerepris » en conservatoire à Narbonne, la ville où j’ai grandi. J’ai fait piano jazz, un tout petit peu de solfège et aussi MAO, Musique assistée par ordinateur. C’était vraiment la première fois que je composais sur ordinateur, bien avant ma formation. C’était aussi pour rentrer dans cette formation, que j’avais déjà mis la main à la pâte pour me constituer un dossier. Ensuite pendant ma formation de 2 ans j’avais trouvé un groupe de jazz, on a tourné dans des mariages et petits évènements. Arrivée sur Paris, j’ai commencé à vraiment prendre en main le logiciel pour arranger une chanson que j’avais composée puis j’en ai composé d’autres et me voilà.

C’est toi qui écris tes textes et compose tes instrus ?

Oui, dans le futur EP la majorité des sons je les ai écrits et composés. Bozek travaille sur les sons et m’accompagne sur scène. Il y a d’autres sons comme “Avril” (qu’on a sorti uniquement sur les réseaux sociaux, c’est un concept qu’on va garder pour la suite aussi) où Bozek compose complètement l’instru et moi je rappe dessus dans une idée plus traditionnelle du rap. Mais sinon tout ce qui va apparaître dans mes EP et mes albums ce sera moi qui aurait composé la maquette de base. Il y aura peut-être quelques compos de Bozek puisqu’on s’associe à deux mais la majorité resteront des compos à moi.

Tu viens de parler d’un EP, est-ce qu’il y a des collaborations, des albums ou des EP de prévu du coup ?

Il y a un EP qui est prêt et prévu à la rentrée avec 5 titres dont 1 déjà sorti, un deuxième déjà sur les réseaux (mais on va faire un clip et le mettre sur les plateformes de streaming) et un troisième clip sortira à la rentrée. Les collaborations ça me ferait grave kiffer mais on va déjà s’installer tranquillement et faire les choses les unes après les autres. Mais effectivement ça m’intéresserait d’en faire pour un album.

Quelles sont tes influences musicales, tes inspirations ?

Pour Oré les choses qui m’ont le plus marquée c’est Odezenne que j’ai écouté à la sortie de la formation en 2012. Il y avait aussi Camille que j’avais déjà vu en concert aux Déferlantes où j’étais bénévole et McSolaar et IAM avec lesquels j’ai grandi, j’ai passé mon enfance avec eux.

Tu tiens spécialement à garder un genre à part ou tu t’inspires des gens que tu écoutes ?

Je m’inspire un peu. Mon but n’est pas forcément d’avoir un genre à part mais plutôt d’utiliser le rap pour faire sonner la langue française. Pour reprendre aussi l’idée qu’il y a dans le rap ce qu’il se passe dans la vie de tous les jours, comme si l’on était témoin de l’histoire au final. Même c’est souvent des métaphores, des personnages que j’invente pour illustrer ça et j’ai envie de garder cette idée de témoignage d’une réalité. Sinon après, dans la musique je prends vraiment ce qui me plaît et effectivement ce qui me plaît ça peut être des influences, des choses que j’écoute encore aujourd’hui où je me dis “là c’est trop génial » ! Par exemple, Noga Erez a utilisé un haut-bois, quand j’écoute par exemple Alt-J, je me dis “là il y a des grosses basses et pourtant il y a de la polyphonie”… Chaque fois que j’entends des choses nouvelles évidemment que j’ai envie de l’intégrer à mes morceaux si ça me marque vraiment.

Il faut surtout travailler sur les préjugés et l’éducation. Il faut comprendre que c’est avant tout deux êtres qui s’unissent et pas un homme et une femme avec des rôles qu’on leur donne.

Quelle place tient la langue dans ce que tu fais ? Tu penses pouvoir chanter ou rapper en anglais par exemple ?

Certainement pas. Dans mes premières maquettes, certaines étaient en anglais et c’était plus pour apprendre à maîtriser la composition et les logiciels mais maintenant il est hors de question que je chante en anglais. C’est une langue que je ne maîtrise pas très bien et moi ce dont j’ai envie, c’est d’explorer la langue française et que les gens me comprennent. Or, tout le monde ne comprend pas l’anglais, en tout cas en France et mon but c’est vraiment de faire passer mon message. Même à l’étranger si on me proposait de traduire mes chansons, comme Tokyo Hotel en anglais par exemple, je ne sais pas si je le ferais vraiment. Ça m’énerve un peu que ça aille toujours dans le sens de l’anglais parce que la langue française a ses particularités et ça changerait le morceau. Donc non c’est hors de question, c’est du français.

Tous tes sons sont très rythmés, toniques, énergiques… Est-ce que tu comptes sortir des trucs mélancoliques?

Oui bien sûr j’ai des morceaux mélancoliques, j’en ai même qui sont déjà sortis comme “La nuit tombée” qui est disponible sur Soundcloud. C’est un morceau un peu plus à la Alt-J pour le coup mais ça reste toujours très rythmé. Je suis en train de composer justement un morceau assez calme mais avec moi, il faut l’avouer ça reste malgré tout assez rythmé. J’essaie de casser un peu les rythmes parfois même si ça reste à mon échelle parce que je ne suis pas une musicienne confirmée donc je me débrouilles avec mes notions. Le jeu du rythme est toujours important, la manière dont je vais placer mes mots pour qu’ils se complètent avec l’instrumentale, c’est la base. Le rythme et le texte c’est vraiment le plus important dans le projet, la mélodie aussi bien évidemment, faire des polyphonies … Mais le rythme c’est important, je ne compte pas réaliser des trucs qui sont hyper mélancoliques, le triste j’essaie d’éviter à tout prix, j’aime pas ça. Il y a des artistes à qui cela va très bien mais il y a des gens qui le feront mieux que moi donc je ne vais pas le faire.

Pourquoi une scène au Printemps de Bourges? C’est un évènement important pour toi ?

C’est une scène qui compte vraiment pour moi. Je n’ai jamais été au Printemps de Bourges en temps que festivalière mais ça fait 3 ans que j’ai pris connaissance des iNOUïS. A partir du moment où je me suis demandé “est-ce qu’on peut vivre de la musique ?” j’ai commencé à regarder des tremplins et il y avait les iNOUïS auxquels je voulais absolument participer. Ma tante habite près de Bourges donc je connais très bien le coin et je savais qu’elle allait être fière de moi si je passais ici. C’est pas du tout anodin et en termes de tremplin pour les artistes c’est l’un des plus gros. Pour moi Le Fairet Bourges c’est les deux plus grands. Arriver tout de suite aux iNOUïS, faire parties des 30 sélectionnés sur 3500 candidatures c’est énorme. Je suis aux anges, le rêve commence à se concrétiser.

 Pas trop d’appréhension pour le concert ?

J’ai eu de l’appréhension il y a 2-3 semaines, je commençais à me réveiller la nuit et pas être bien, me dire “ça arrive ! ”. Mais j’ai travaillé, car grâce aux iNOUïS on a des cours, 3 à 6 heures de formation au Studio des Variétés. J’en ai profité, je les ai faites avec une prof de chant, j’ai fait une petite résidence… On a tellement taffé qu’il n’y a pas de raison d’avoir de l’appréhension. Évidemment le trac est toujours là, j’ai toujours peur d’oublier du texte, ça m’est arrivé plein de fois en concert. (rires) Je suis pas assez connue pour que le public connaisse mes paroles alors ça fait juste un gros vide. Mais il y a toujours de l’appréhension, il peut toujours y avoir un problème mais il ne faut pas partir comme ça. Ça va marcher,  on a tellement travaillé qu’on saura se retourner si il faut, c’est sûr.

Dans ton titre Agence Matrimoniale, tu dis que tu veux t’engager, est-ce qu’il y a une cause en particulier qui te tient à coeur?

Sur Agence Matrimoniale c’est pas vraiment de l’engagement. Ce qui m’intéressait dans ce morceau c’était de jouer sur le fait que l’on puisse être une femme et avoir des envies sexuelles et presque retourner un peu les rôles aussi. Celui qui devient l’objet, qui devient passif, ce n’est plus la femme mais plutôt l’homme. Je le faisais plus comme une critique de la société, où on consomme les gens comme on consomme dans un supermarché. Il y a des valeurs qu’on oublie un peu comme l’amour qui peut être quelque chose de très beau. Je m’interrogeais aussi sur un personnage : il y a des gens qui aiment rencontrer d’autres gens, qui aiment vivre et c’est normal mais moi je pense que si ça aurait été mon cas, si j’étais dans cette ambiance là, ça aurait plus été pour me défouler parce qu’il m’aurait vraiment manqué quelque chose dans la vie. C’est ce que je voulais montrer à travers ce titre. Je voulais raconter l’histoire de ce personnage qui s’est fait larguer alors qu’il avait donné tout son être dans sa relation et qui ne croit plus en l’amour ; mais en ajoutant de l’humour, du rythme, du jeu et en essayant de dédramatiser ça. C’est de l’ironie ce morceau, c’est pas du tout moi et ce n’est pas ma vie, c’est un personnage.

Tu as quand même une cause qui te tient à coeur?

Je dirais qu’il y a pas une cause, c’est plus de l’éthique de manière générale. Je suis pour l’égalité des sexes. Il faut surtout travailler sur les préjugés et l’éducation. Il faut comprendre que c’est avant tout deux êtres qui s’unissent et pas un homme et une femme avec des rôles qu’on leur donne. La pauvreté aussi ça m’énerve. Le rapport un peu pédant qu’on peut avoir à la culture. On nous bourre le crâne et quand tu sais ou que tu as vu quelque chose tu t’en sers presque pour te mettre en valeur et pas parce que ça fait du bien alors qu’au final si on comprenait vraiment que ça nous fait du bien et que ça peut nous apporter quelque chose dans la vie de tous les jours, tout le monde serait cultivé et le monde irait un peu mieux. Je pense que l’école par exemple, ne va pas toujours dans ce sens, c’est un truc à revoir le bourrage de crâne pendant le travail. J’ai découvert pleins de choses après l’école. Les clichés aussi m’énervent, c’est ce qui fait que l’on n’avance pas et l’on ne s’en rend pas compte. J’essaie de trouver les clichés qui font que l’on participe à une inertie tout simplement. Dans mes morceaux je vais essayer de jouer ça avec des personnages. Pour en revenir avec la question, on va dire qu’il n’y a pas vraiment une cause particulière qui me tient à cœur, c’est plus l’éthique, l’humanité qui m’importe. Ça me désole de voir qu’il y a des gens délaissés, qu’on mette autant d’énergie à faire évoluer la technologie pour sortir un nouveau portable tous les trois mois alors qu’on ne met pas autant d’énergie à savoir comment on pourrait faire en sorte que des SDF ne soient pas dans la rue autrement qu’en les mettant dehors ou les déplaçant en permanence. Je pense que si on mettait vraiment de l’énergie on pourrait changer les choses mais les préjugés nous bloquent. Voilà.

 

Par Emma Meirhaeghe et Eléna Pougin

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