Madame Monsieur sont bien plus que les représentants de la France à l’Eurovision

Souvent interviewé par rapport à la célèbre émission de l’Eurovision, de laquelle ils étaient les représentants pour cette édition 2018, nous avons interviewé le duo dans l’optique de comprendre un peu mieux les deux artistes qu’on catalogue souvent trop vite. Avec la sortie d’un nouvel album intitulé Vu d’Ici la même année, les artistes ont su se démarquer par une volonté de remettre en question les codes et les normes à travers des histoires racontés en musique. 

Selon vous, à qui devez-vous cette émergence dans le monde de la musique plutôt rapide ?

Madame Monsieur ça fait quand même 4 ans que ça existe alors ascension rapide, tout est relatif, mais ce qui est sûre, c’est que notre premier EP nous a en effet permis d’inviter pas mal d’artistes plutôt connus de la scène urbaine oui. Le titre Smile avec Youssoupha en 2016 nous a pas mal propulsé mais ce qui a été le plus impressionnant ça reste Destination Eurovision en janvier, qui a été un réel catalyseur pour notre carrière, et qui a fait qu’on a été finalement été d’un coup mis devant la scène lorsque les français nous ont élu pour les représenter.

Clip de Tournera feat. Youssoupha

Justement, vous dites dans les interviews que l’Eurovision était un marathon, est-ce que depuis le rythme s’est un peu calmé ?

Pendant 5 mois c’est certain, on a subi un rythme très intense, beaucoup de concerts, de rencontres, d’interviews liés à l’Eurovision, ce qui nous a un peu contraints à mettre notre vie entre parenthèses durant cette période. On a fait le tour de l’Europe et on a beaucoup travaillé afin de pouvoir donner le meilleur qu’on avait sur scène lors de l’Emission. Ça reste néanmoins un expérience unique, d’avoir autant de sollicitations en si peu de temps c’est assez extraordinaire et là récemment, on a pu recommencé à se mettre en studio, faire notre musique, reprendre nos vies de musiciens et surtout : être un peu chez nous ! Ça fait du bien !

De cette expérience, qu’est-ce que vous en tirez ? Quelles leçons ?

Ça nous apporté un public beaucoup plus large, mais aussi beaucoup d’expérience, on a appris plus de nos performances et de notre musique durant ce laps de temps que ce que l’on s’était imaginé. On est plus les mêmes artistes depuis l’Eurovision. On essaie de digérer cette expérience positive de l’Eurovision, de s’en servir pour avancer, et continuer à expérimenter après. On regrette pas du tout d’y avoir participé.

Vous soignez beaucoup votre image : vêtements minimalistes, la coiffure d’Emilie toujours impeccable, performances millimétrés, le fond de vos clips et pochettes est toujours uni…

Par rapport à notre univers esthétique, on essaie d’être cohérent, que ce soit sur scène ou sur nos clips, car malheureusement aujourd’hui, le fantasme d’une musique où l’image n’importerait guère est totalement dépassé. On sait que la musique ne suffit souvent pas dans notre environnement actuel et il faut pas se leurrer, notre apparence compte pour les gens donc on en prend soin. On essaie de proposer non seulement un univers musical mais également un univers esthétique. On est tellement nombreux à faire de la musique qu’il faut rester conscients qu’il nous en faudra parfois plus pour se démarquer. On a essayé de créer quelque chose qui ressemblait à notre musique mais quelque chose d’assez sobre aussi, car on essaie de faire des chansons qui sont plutôt directs. D’où ce choix du monochrome… On voulait aussi s’effacer dans nos chansons en restant habillés de la même manière.

Malheureusement aujourd’hui, le fantasme d’une musique où l’image n’importerait guère est totalement dépassé.

Ces choix esthétiques assez simples, ne refléteraient-ils pas une envie de faire comprendre que la musique est ce qui passe avant tout pour vous ? Est-ce que c’est ça qu’il faut retenir à votre sujet ?

Oui parfaitement ! Notamment avec la chanson Mercy, on voulait que les gens se concentrent sur le texte, sur l’histoire qu’on racontait et leur importance. L’émotion de la chanson est ce qui prévaut donc on voulait que rien de l’ordre des apparences ne vienne la parasiter. On est pas des gens spécialement exubérants donc c’est un style donc lequel on se sent bien pour se présenter au public et c’est je pense ce qui est le plus honnête pour représenter qui on est.

Tu parlais de Mercy, est-ce que vous étiez engagé dans la cause des Migrants avant de découvrir l’histoire de Mercy sur les réseaux sociaux ou ça a été un véritable déclic pour vous ?

Bien sûr, on était déjà interpellé par ce qui se passait, par le drame que vivent ces gens. Mais c’est simplement que cette naissance miraculeuse de la petite Mercy nous a procuré une émotion incomparable qu’on a tenté de retranscrire dans une jolie mélodie. C’est vrai que cette chanson nous a permis d’être confrontés à certaines réalités, surtout en allant rencontrer cette mère et cette petite fille. Humainement, on a voulu les soutenir et aujourd’hui on est beaucoup plus actifs dans cette cause-là mais c’était pas vraiment prévu.

Retrouvez la cagnotte pour aider Mercy juste ICI

Depuis la cagnotte que vous avez créé pour aider Mercy et sa mère, les gens se demandent si vous allez continuez à mettre votre notoriété à profit pour cette cause-là ? Est-ce que l’engagement est une des valeurs de votre musique ?

L’engagement je ne sais pas, en tout cas, nous on parle surtout de ce qui nous a affecté, on réfléchit pas à l’idée de défendre une cause. Quand on fait de la musique, on chercher avant tout à procurer des émotions. Notre musique n’est pas particulièrement engagée, du moins si elle l’est, on n’y a pas vraiment fait attention, nous on voulait relater des histoires qui touchait l’humanité, et c’est ce que nous allons continuer à faire.

C’est un format plutôt atypique de vouloir faire de la musique pour raconter des histoires, d’où ça vous vient ?

Emilie : personnellement, j’ai grandi avec ma mère qui ne me racontait pas d’histoires, mais qui me les chantait. Beaucoup de chansons françaises évidemment et moi j’écoutais ses chansons comme on en écoute pour s’endormir. Des chansons de Pierre Perret, Serge Lama, Barbara, Nino Ferrer… Dans ma tête, c’était comme des mini-films et ce sont des images qui m’ont beaucoup marqué. C’est moi qui écrit le texte en général et déjà lorsque j’étais adolescente, j’écrivais des poèmes et des nouvelles de Science-Fiction. C’est quelque chose qui ne m’a pas quitté, j’ai d’abord commencé à faire des chansons d’amour plutôt basiques et lorsqu’on s’est mis ensemble, on a commencé à vouloir peindre des tableaux plutôt que de se contenter des sentiments amoureux. À force, on commençait à s’ennuyer, donc on a redécouvert ce format-là, en bossant avec les rappeurs. Les rappeurs sont très forts pour faire des anachronismes de la société, ils sont énormément dans l’instant, et puis on a réussi à trouver notre propre truc, sans l’intellectualiser réellement à partir de toutes ces inspirations là. On a retrouvé pleinement le goût de la musique en bossant avec les gens de cet univers-là.

Pourquoi avoir choisi les artistes urbains ? Envisagez-vous de vous rapprochez d’autres genres musicaux à l’avenir ?

Bien sûr ! Sur Tandem, on avait aussi Ibrahim Malouf, qui est dans le jazz ! Dans l’écriture de chansons, on a aussi bien écrit pour Lafouine que pour Line Renaud. On s’impose pas de limites et on se met pas des barrières tous seuls. On sait qu’on est tous des artistes, qu’on a tous à apprendre les uns des autres, alors on essaie et si ça marche pas tant pis. Là on travaille sur notre nouveau projet, qu’on envisage aussi bien avec des artistes urbains qu’issus de la pop.

Pour la composition et la rédaction, est-ce que c’est quelque chose que vous faites toujours tous les deux ou est-ce que vous avez un processus de création que vous effectuez séparément ?

Jean-Karl : on procède quasiment toujours de la même façon : je fais les instrumentaux, avec des ambiances musicales, ensuite je les fais écouter et à partir de cette toile et des couleurs que je lui propose, c’est elle qui va apposer ses mots et peindre le paysage de la chanson. Je lui donne un décor, et elle, écrit l’histoire à l’intérieur. À la fin, on met l’ensemble en commun puis on retravaille ça tous les deux. On a toujours été très différents, mais tout autant complémentaires, donc c’est important pour nous de garder cette liberté de création.

Clip de Comme Une Reine

Pour le clip de Comme une Reine, vous vous attendiez à ce qu’il soit autant regardé et que cela touche autant de monde ?

C’est un clip qu’on a lancé sans réellement faire de pub et on a assez rapidement atteint les 1 million de vues alors c’est vrai qu’il a fait parler de lui. C’est assez bizarre parce que dépasser le million, on n’y est pas habitué, du moins pas aussi rapidement. On est ravis car c’est une chanson qui représente beaucoup pour nous parce que c’est un sujet important. J’espère que c’est une chanson qui fait du bien car on l’a vraiment faite pour ça.

La chanson Des Baisers, parle du fait que la musique permet de partager, de danser ensemble : est-ce que réunir les gens indépendamment de leurs différences est une de vos volontés en tant qu’artistes ?

Oui, je crois que c’est plutôt bien résumé, on voulait aussi montrer avec ce titre qu’il ne faut pas avoir peur des autres, et ça rejoint notre philosophie : toujours rester curieux, comme une enfant pourrait l’être, et dans le même esprit, ne pas avoir d’à priori. Des Baisers raconte un peu cette promesse que l’on peut se faire quand on est très jeunes : celle de ne pas avoir peur ni de la vie ni de ceux qui nous entoure.

Partir apparaît sur l’album, mais il était déjà présent sur Tandem, pourquoi l’avoir remis une seconde fois dans votre projet ?

C’est un morceau qu’on aime beaucoup auquel on est super attaché. On pense qu’il marche particulièrement bien sur scène aussi donc on voulait le garder dans notre aventure.

Clip de Partir

On a beaucoup apprécié la chanson La Voyageuse, vous évoquez dans cette dernière « des cases à cocher », ce qu’il faudrait faire pour « retenir l’attention », vous pensez que pour être des artistes à forte influence il faut rentrer dans des cases et être prêt à se sacrifier pour avoir l’attention ? Est-ce indispensable ?

Emilie : on mentirait si on disait qu’il ne fallait pas le faire un peu, mais il ne faut surtout pas perdre sa sincérité et ne pas en abuser. C’est ce qu’on cherchait à dire avec les tenues tout à l’heure, on peut pas ignorer que ces codes-là sont importants dans notre société, mais il faut commencer par la musique, commencer par être sincère dans ce qu’on fait, et prendre les gens au sérieux. Oui, il y a des cases à cocher, mais c’est à nous de réinventer le code en tant qu’artistes et d’essayer de permettre à ceux qui nous écoutent de s’en échapper un peu, le temps d’une chanson.

Jean-Karl : en fait pour nous, ça a toujours été quelque chose de central cette question parce qu’on a toujours aimé mélanger les styles, on vient du 18ème arrondissement donc on a vécu dans un monde où les cultures étaient comme entrelacées… On écrit des chansons de manière assez classique, on respecte les traditions de la chansons françaises, mais on y rajoute des sonorités empruntés à la pop culture anglo-saxonne et enfin on travaille avec des rappeurs, donc on additionne une troisième couche à ce mélange en ajoutant de l’électro et de l’urbain. Ça étonne un peu les gens et c’est vrai qu’on a souvent du mal à nous mettre dans une case, et il faut avouer que c’est quelque chose qui nous plaît. C’est ce qu’on essaie « d’imposer » avec le temps, ne pas rester dans une catégorie définie. Le but de notre musique, c’est de rester honnête et de remettre en question ces codes, qui nous freine et nous divise, plus qu’ils ne nous rassemblent…

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Pochette de l’album Vu D’Ici

On vous met souvent dans des cases pourtant…

Je pense que c’est aujourd’hui la façon la plus commune de faire vendre la musique et d’expliquer aux gens ce que les artistes un peu trop différents font. Nous on veut laisser les gens écouter la musique comme ils le sentent, car finalement c’est le public qui a toujours raison. Les gens s’en foutent de ces cases en réalité.

On vient du 18ème arrondissement, on a vécu dans un monde où les cultures étaient comme entrelacées…

Ce qui peut-être surprenant c’est que dans Tandem, on retrouvait comme on l’a dit pas mal de featurings, sur Vu d’ici, il n y en a aucun…

On avait fait ce projet Tandem en collaborant beaucoup notamment avec Kery James, Georgio… Cette fois on voulait faire un album 100% Madame Monsieur, un peu plus pop aussi. On est très fiers de cet album porté par cette chanson Mercy. Les collaborations, on les continuera, un Tandem 2 est en cours par ailleurs… C’est quelque chose qu’on aimerait faire entre deux albums de façon régulière.

Donc ça c’est je suppose un de vos plus gros futurs projets, est-ce que vous en avez d’autres ?

Oui on a notre tournée qui commence en novembre également ! On est concentrés sur ces deux projets, on prépare la tournée et le reste du temps, on est studio !

Quand la nuit nous sépare, c’est une chanson qui se distingue des autres titres de l’album, Jean-Karl pourrais-tu nous en dire plus ?

Jean-Karl : musicalement, c’est un des derniers titres qu’on a enregistré. On avait envie de faire un titre un peu « feel good » et à la fois un peu « autoroute » avec une mélodie un peu latine. On voulait faire danser les gens et avoir un texte un peu plus léger que ce qu’on retrouve dans le reste album. On s’éclate à jouer ce titre sur scène et il est plus minimaliste que les autres je trouve.

Dernière question : en tant que couple dans la vie et couple dans la musique, est-ce que parfois la frontière entre vie privée et vie professionnelle n’est pas un peu floutée ?

Jean-Karl : ça c’est notre grande question ! La musique a toujours été une partie centrale de notre relation, puisqu’on faisait de la musique ensemble avant même d’être ensemble et de tomber amoureux. C’est extrêmement naturel pour nous, on peut pas s’imaginer autrement qu’avec la musique qui nous relie. Après comme on peut se l’imaginer, quand on travaille en couple, c’est difficile de tout couper en rentrant à la maison et de ne pas parler de Madame Monsieur. C’est pas facile de mettre une distance, mais ce qui contrebalance ce côté-là, c’est que l’on se comprend parfaitement et on ressent ce que l’autre est en train de vivre. C’est une expérience extraordinaire qu’on vit à deux. Faire l’Eurovision avec la personne qu’on aime, c’est une chance inouïe et j’admire ceux qui font seul l’Eurovision !

Clip d’Egérie – reprise de Nekfeu

Par Eléna Pougin

Crédits photos : ???

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